Céramiste coloriste ?

Publié le 10 juin 2026 à 13:22

Définir une collection, trouver sa signature, c’est un chemin pavé d’essais, d’échecs, de remise en question, de réflexion. L’on se perd en route entre ce qui nous plaît, ce qui plaît, ce qu’on nous dit que nous devrions faire, pour vendre plus, pour vendre mieux… chacun a son mot à dire, au point d’en venir à oublier ou à ne pas trouver qui je suis, moi, en tant qu’artiste, en tant que créatrice. Qu’est-ce qui m’anime ? Me fait vibrer ? Me donne envie de continuer ?

Le fin mot de l’histoire est : reviens à toi.

Sans cesse.

Bien sûr, écoute, entend, observe, essaie… mais reviens toujours en ton centre.

Contre toute attente, mon centre, c’est la couleur. Trois années que je travaille sur une collection en faïence rouge, noire, blanche, chocolat, à tester une palette d’émaux aux couleurs intenses, une palette vaste et large, que je simplifie, que je réenrichis… Jamais je ne me suis dit, sur mon chemin de création : je veux faire de la couleur. Non. Jamais. Pourtant, force est de constater que je n’arrive pas à faire autre chose, j’ai beau aller parfois vers le grès, aux couleurs moins vives, plus fusionnées, nuancées, j’en reviens toujours à la terracotta et ses glaçures vibrantes.

Et puis, à différentes occasions, on me dit « vous, les coloristes », « toi tu es dans la faïence colorée »… à chaque fois surprise, que l’on me classe dans cette catégorie, j’en viens à me poser sur cette idée. Ces regards extérieurs qui me définissent en disent probablement beaucoup sur des parts de moi que je ne vois pas.

La création, c’est une expression en grande partie inconsciente. On associe forcément « l’œuvre » à son maître.

D’après Matisse, les couleurs « remuent le fond sensuel de l’homme ». Sensuel, je le comprends comme tout ce qui touche aux sens. J’entends une soif de vie, de légère profondeur, de densité. C’est une envie de matière, d’étonnement, de se sentir happé par la vivacité.

L’image me vient de cette fête des couleurs en Inde, parfait symbole de la fête de la vie. La recherche du sentiment d’être en vie est une quête qui a toujours été là.

En méditant sur cette approche, je trouve alors une résonnance et je comprends pourquoi je suis une céramiste coloriste. Le comprendre, l’intégrer, c’est s’autoriser, libérer, se poser sereinement dans sa créativité.